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Gaëtan Joliat : « Aller aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle serait exceptionnel »

À bientôt 21 ans, Gaëtan Joliat fait partie de ces nouveaux visages de l’équipe suisse de saut d’obstacles, cette relève qui pousse « les anciens » à se surpasser pour rester dans le coup. Alors qu’il peut encore prétendre aux sélections chez les Jeunes cavaliers, il a déjà vécu ses premières expériences par équipe chez les Seniors, d’abord sur le circuit des Longines EEF Series avec des CSIO 3* et 4*, avant de plonger dans le grand bain des CSIO 5*. Après St Tropez-Gassin à l’automne 2025, Abou Dabi en début d’année 2026 et Saint-Gall au tout début du mois de juin, il défendait pour la première fois de sa carrière les couleurs de la Suisse au Jumping international de La Baule. Nous avons pris le temps d’échanger avec lui.

Vous vivez votre première expérience sur le concours baulois. Quelles sont vos premières impressions ?

J’ai eu la chance cette année de faire pas mal de CSI 5*, comme Aix-la-Chapelle ou Fontainebleau, et quelques CSIO 5* et je dois reconnaître qu’on se sent vraiment bien à La Baule. Le terrain est très bon et le public est vraiment chaleureux. Il fait bon monter sur cette piste et c’est très agréable.

« On peut tirer beaucoup de positif du Jumping de La Baule »

Vous avez pris le départ de la Coupe des nations, où vous avez fait 4 puis 8 points sur les deux manches. Quel regard portez-vous sur ce résultat et quelles conclusions ou apprentissages en tirez-vous ?

Tout s’est vraiment joué sur des petits détails. Sur la première manche, je me suis retrouvé un petit peu près du mur, donc je l’ai touché. Sur la deuxième, je me suis fait piéger dans le triple, dont je touche les deux derniers éléments, mais le reste du parcours était bien. J’ai senti que ma jument, Just Special VK, s’est battue sur les deux tours et je crois qu’on a montré qu’on savait le faire. Maintenant, il faut délivrer un peu plus de sans-faute. Avant la Coupe des nations, j’ai quand même gagné l’épreuve d’ouverture, sur 1,45 m, avec Scarlina de Tiji Z, et j’ai terminé septième de l’épreuve qualificative pour le Rolex Grand Prix avec Chelsea Z. Je pense qu’on peut en tirer beaucoup de positif quand même. Déjà, monter avec Steve Guerdat et Martin Fuchs dans l’équipe est quelque chose d’incroyable.

Quelles sont vos relations avec ces cavaliers ?

J’avais déjà concouru aux côtés de Martin Fuchs puisqu’on avait gagné la Coupe des nations 3* de Samorin. Ces deux gars ont un vrai esprit d’équipe. Ils sont toujours là pour toi. Steve est quand même l’un de mes idoles et on se parle beaucoup en concours, mais monter une Coupe ensemble est encore différent. Il est tellement performant que le simple fait de l’avoir à mes côtés au paddock m’apporte de la confiance.
Je n’ai même pas besoin de lui parler ou de demander quelque chose. Il voit quand j’ai besoin d’aide. Il est là pour tout : entrée de piste, sortie de piste, parler avant, parler après. Je crois que c’est naturel chez lui et il me sert d’exemple. Quand je retourne dans les épreuves Jeunes cavaliers, j’essaie de faire la même chose avec mes coéquipiers. Je crois que ça me forme beaucoup à être un homme de cheval et un bon équipier.

« Saisir les opportunités »

Comment s’est passée votre intégration à cette équipe Seniors ?

J’ai la chance d’être passé par le programme Jeunes Talents de notre fédération, Swiss Equestrian, qui apporte un soutien considérable aux jeunes. On bénéficie toujours d’un excellent suivi avec des entraîneurs, des stages, des concours, des journées d’échange… J’ai aussi eu une chance énorme de rencontrer Olivier de Coulon, chez qui je suis installé à l’écurie des Verdets et qui m’a permis d’avoir les chevaux pour. Nous avons actuellement une dizaine de chevaux à l’écurie, allant de 7 ans à 13 ans environ. Sans ça, je crois que je ne serais pas là pour vous parler.
Et puis j’ai aussi pu saisir diverses opportunités. L’arrêt de Steve suite à ses problèmes de dos a ouvert une petite porte. Le fait que ni lui ni Martin Fuchs n’ait souhaité courir la Ligue des nations en a ouvert une autre. Tout cela ajouté au fait qu’on a un super chef d’équipe Peter Van Der Waaij, qui donne sa chance aux jeunes, j’ai pu mettre un pied chez les Seniors. Je lui en suis très reconnaissant, tout comme je suis très reconnaissant envers mes parents, mes sponsors et tous ceux qui gravitent autour de moi.

Vous êtes encore très jeune mais vous vous êtes professionnalisé très tôt, malgré le fait que vos parents ne sont pas issus du milieu équestre. Vous êtes passé par plusieurs écuries. Qu’avez-vous appris à chacune de ces étapes de votre professionnalisation ?

Là encore, c’est une histoire de saisir les opportunités. J’ai notamment passé trois ans chez la famille Balsiger et je m’entraîne toujours avec le papa, Thomas, qui gérait l’écurie de A à Z avec ses fils Bryan et Ken. J’ai aussi vu ce côté chef d’entreprise, faire tourner une écurie. Tout chez eux était optimisé pour que toutes les tâches à faire n’empiètent pas les unes sur les autres. J’aime aussi voir ces choses-là et pas seulement monter à cheval.
Personnellement, je ne fais pas ce métier pour arriver le lundi matin et monter douze chevaux la suite. Ça ne m’intéresse pas. J’aime participer à la vie de l’écurie : monter trois ou quatre chevaux avant de prendre le balai, réfléchir au plan des chevaux pour le lendemain, aller mettre un cheval au paddock, m’occuper d’un autre, faire un box… Ce sont toutes les choses que j’aime faire et qui me gardent les pieds sur terre.

« C’est grâce à mes chevaux que j’ai pu faire la transition aussi facilement »

Justement, comment vous organisez-vous à la maison ?

Pour l’instant, j’essaie de faire au plus simple possible. Je suis occupé toute la journée, mais je ne monte pas beaucoup de chevaux. En général, j’en sors trois ou quatre le matin pour pouvoir faire autre chose l’après-midi, notamment du sport ou ce genre de choses. Mais c’est moi qui m’occupe de mes chevaux, les prépare avant le travail, les soigne après. Mais évidemment, s’il y a des soins très spécifiques, je laisse faire mon groom. C’est une habitude que j’ai depuis que je suis tout jeune. Ça permet aussi de créer un autre lien avec les chevaux, j’aime passer du temps avec eux.
Quand je vais en concours, je fais aussi presque tout le temps le trajet en camion. En général, c’est Olivier de Coulon qui conduit, mais j’ai aussi le permis. C’est sûr que quand il y aura de très gros trajets pour des concours vraiment très loin, je ne pourrai pas tout faire non plus. Je sais qu’à un moment donné, je devrais quand même me mettre des limites et me dire que je ne peux plus faire telle ou telle tâche parce que ça complique la logistique. Mais pour l’instant, je fais un peu toutes les tâches, et ça marche bien. En plus, ça permet généralement de maintenir une bonne cohésion dans l’équipe.

On sait que la transition entre les épreuves Jeunes et Seniors peut parfois être difficile. Comment l’avez-vous vécue ?

Plutôt très bien parce qu’on a quand même de bonnes épreuves nationales en Suisse, avec des Grands Prix à 1,50 m. Encore une fois, je crois que c’est aussi grâce à mes chevaux que j’ai pu faire cette transition assez facilement. Je n’ai jamais eu besoin de ramer à monter une épreuve à 1,50 m ou 1,55 m et de me « battre » avec mon cheval pour finir le parcours. Je crois vraiment que je peux me concentrer ma manière de monter, sur moi, sur le fait de garder mes chevaux en forme. C’est une pression en moins d’avoir ces chevaux-là pour avancer. Ensuite, la hauteur ne m’a jamais trop gêné. Je suis assez froid dans la tête pour me caler dans toutes ces situations. Ça ne m’a pas trop perturbé et j’ai vite réussi à me mettre dans le bain du haut niveau.

« Just Special VK a un cœur énorme »

Vous montez pour l’écurie des Verdets depuis deux ans. Qu’est-ce que ce nouveau départ a changé pour vous ?

Je pense que c’est de vraiment professionnaliser mon équitation, ma gestion du quotidien, des concours, des championnats… Et c’est ce que j’essaie encore de travailler maintenant. Le reste ne change pas, notamment pour les chevaux, qui auparavant avaient avant moi d’excellents cavaliers comme Bryan Balsiger ou Pius Schwizer. La seule grosse différence est peut-être en concours, où j’ai plus de sollicitations des médias et du public qu’avant. Mais ça fait partie du jeu et c’est aussi une source de motivation.

Sur quels chevaux comptez-vous pour rester au plus haut niveau ?

Principalement sur les trois que j’ai ici avec moi à La Baule. Il y a Just Special VK, 12 ans, qui a un cœur énorme et qui pourrait tout donner. C’est une jument avec qui je m’entends vraiment bien. J’ai également Chelsea Z, 13 ans, qui est beaucoup plus délicat et sensible, avec énormément de respect. Avec lui, quand on arrive à aligner toutes les étoiles le jour J, il peut faire de grandes choses. Enfin, il y a Scarlina de Tiji Z, 12 ans, qui a aussi montré par le passé ce qu’elle savait faire même s’il me reste quelques réglages à faire. Maintenant, il y a des petits réglages à faire mais qui sera une bonne jument pour m’accompagner.

« Je cherche à faire plaisir à mes chevaux »

Avez-vous déjà des plus jeunes pour assurer la relève ?

Tout à fait ! Il y a Fabregas S, un étalon de 11 ans qui a commencé les CSI 5* à St-Gall début juin. J’ai un autre étalon, Qupido H, 10 ans, qui déborde de moyens, mais qui a encore besoin de travail au niveau du comportement. Enfin j’en ai un troisième, qui a 9 ans et en qui je fonde beaucoup d’espoirs : Agano CK Z, qu’on a acheté cet hiver. Je suis content de pouvoir travailler ces chevaux-là, qui viennent aider mes trois chevaux de tête. C’est important de ne pas seulement tourner à trois chevaux, au risque d’en faire trop et de dépasser la limite. Je suis plutôt partisan du fait de faire des sacrifices pour essayer de faire évoluer un bon cheval de 8 ou 9 ans pour qu’à terme il vienne aider les chevaux de tête.

Si on monte à cheval, c’est aussi pour la relation avec l’animal, d’autant plus importante quand on est à ce niveau-là. Que recherchez-vous avec vos chevaux ?

Je ne suis pas du genre à leur faire des papouilles ou des câlins à tout bout de champ, mais je cherche à leur faire plaisir. J’adore aller les faire marcher, les emmener brouter, aller les balader en forêt… Par exemple là, à La Baule, j’adore les emmener à la plage, je sens que ça leur fait du bien au moral et je veux qu’ils prennent du plaisir avec moi.

« Faire mes preuves et obtenir des résultats »

Quels sont vos objectifs en 2026 ? Espérez-vous être dans les cinq appelés pour les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle ?

J’espère, oui, même s’il faut reconnaître qu’il y a de la concurrence. Ça se rapproche à grand pas et je vais d’ailleurs devoir décider entre courir les championnats Jeunes cavaliers ou les Mondiaux. C’est sûr qu’aller à Aix-la-Chapelle serait exceptionnel. On verra. Si on m’appelle pour les Mondiaux, j’irai. Sinon, je m’orienterai vers les Jeunes cavaliers en espérant faire un bon résultat. Dans tous les cas, je pense qu’il y a du positif à prendre et je ne serai pas déçu de l’un ou l’autre. Je crois que même être cinquième à Aix m’irait. Il y a énormément de choses positives à prendre et à regarder.

Si on regarde à plus long terme, où espérez-vous vous situez d’ici cinq à dix ans ?

C’est compliqué comme question (rires) ! J’espère être un pilier de l’équipe Seniors. Aussi, il est sûr que pour le moment, je ne me projette pas dans le fait d’avoir ma propre écurie à gérer entièrement. Je pense que je dois encore faire mes preuves et obtenir des résultats. Donc dans l’immédiat, j’espère rester plus longtemps avec la famille de Coulon. Mais peut-être que dans dix ou quinze ans, j’aurais mon écurie, avec mes clients et des chevaux de haut niveau et de commerce. C’est quelque chose qui me plairait, tout en restant quelqu’un de bien, de gentil et de correct.

Source : chevalmag.com